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Dans le hood

Posted by FX / November 15, 2005

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Scénario en phase de devenir classique. En tant que personne versée dans l'art de savoir où se trouver avant que Nightlife n'envoie ses photographes et qu'Urbania ne fasse un dossier "de fond" sur le dernier repaire de publicitaire à la mode, tu te pointe un beau soir d'automne dans le coin du métro Beaubien. Pas de pot, le concert au Théâtre Plaza de la sensation post-indie-pop de l’heure affiche complet et le Zoobizarre est fermé pour cause de rénovation (après seulement quelques mois d'opération, le plancher de danse doit déjà être remplacé parce qu'une certaine cliente au comportement erratique s'acharne à l'asperger copieusement de bière à chacune de ses visites). Tout de suite, l'angoisse. Que faire? La nuit est froide et la zone est désertée. Où aller? Le Petit Medley est hors de question, bien sûr. Pourquoi? "Ligue d'impro Les Cravates", "Henné en fête", "Sain Poison",... dois-je continuer? Ok, trêve de tergiversations. Prend Beaubien en direction ouest. L'Hémisphère Gauche? Bon d'accord, ça caille solide et tout ce que tu veux c'est boire sec. Je comprend. Pourtant, pourquoi t'arrêter si près du but? Encore un coin de rue. Allez.

Beaubien entre Casgrain et St-Dominique. "The world is cold, the block is hot as a stove". L'été, c'est ce que cette cité peux nous offrir de plus près de l'expérience d'une balade le long des bodegas qui bordent Amsterdam Avenue, NYC. Sur les trottoirs de Washington Heights on n'entend peut-être plus de boogaloo mais, comme à l'époque où les gars Sugarhill Gang arboraient fièrement le col roulé beige, la rue new-yorkaise est l'endroit privilégié où s’exprime la communauté. À Montréal, QC, c'est le coin susmentionné qui fait office de terrain de jeu pour les Dominicains et leur copains. Dans l'air chaud et humide de la saison estivale montréalaise, la bachata qui s'échappe des Camaros garées en bordure du trottoir emplit le quartier de ses pulsations rythmés. Chaises de parterre et cannettes de bière se déploient en face de chaque petit commerce. Sur le bitume, plusieurs dizaines de fêtards lézardent tranquillement tandis que quelques jeunes coqs s'interpellent d'un bord à l'autre de la voie publique. Just another night in El Barrio.

L'hiver, les Latinos se barricadent à l'intérieur et rangent leur stéréos. Exit la rumba du samedi. Fort heureusement, il se trouve un établissement pour servir de refuge aux bonnes âmes pour qui la morsure du froid n'est pas un obstacle à l'assouvissement de leur instinct grégaire. C'est là que tu interviens, en t'arrêtant devant le 73, rue Beaubien. Même de loin, on devine tout de suite que l'endroit n'est pas pour les dilettantes. L'enseigne qui surplombe l'entrée affiche ses couleurs avec une simplicité résolument fonctionnelle et brutalement poétique: "Brasserie Ouvert 7 jours par semaine Films érotiques". Tu t’approche et la porte est déverrouillée à distance par un Cerbère mystérieux et invisible. Une fois entré, ton coeur se réchauffe. Tout y est: l'obligatoire table de billard au tapis élimé, le comptoir en stainless taché (toujours paradoxal), le mobilier qui en a vu d'autre, le jukebox illuminé. Ta soirée peut enfin commencer.

Inutile de te donner le mode d'emploi, isn't it? It's all about fun et ici, c'est définitivement le mode "party dont vous êtes le héros" qui est en opération. Tout les éléments sont réunis pour t'offrir un environnement gagnant. La serveuse entre trois âges est éminemment sympathique et les habitués, d'abord héberlués, sont tellement content de voir des petits nouveaux qu'ils vont te sourire toute la soirée. En prime, le patron te propose un film porno vintage 1981 (moustaches et lèvres en grande conversation) et un peephole dans la toilette des dames. Que demander de plus? C'est une bonne chose que tu aie laissé ton attitude à la maison, non? Va te faire un peu de change auprès du petit trapu qui swinge à côté de la machine à cigarette (oui, oui, c'est une danse locale: ça s'appelle le délirium tremens). Dirige toi vers le jukebox. Tout le bar retient son souffle pendant que tu fais ton choix. Dès les premières mesures de P.I.M.P., la ravissante quinquagénaire intoxiquée de la table d'à côté se lève d'un bond et se met à groover sur la voix miello-râpeuse de 50 cent. Le dancefloor se remplit (capacité 3.5 personnes). Bravo selector, mission accomplie!

Évidemment, pour savoir comment la soirée va se terminer, tu vas devoir aller vérifier sur place. Sache seulement que tu y fera assurément d'étonnantes rencontres. Ga-ran-ti. Pour le reste, même si les gars d'Omnikrom s'entêtent à nous répéter "On est d'la magie!", c’est à la Brasserie que l’on retrouve la vrai sorcellerie. Si jamais un vieillard à l’oeil vif portant un lainage gris au jacquard asymétrique t'aborde en chuchotant, tend l'oreille attentivement. Ce qu'il a à te dire ne pourra que te faire sourire. Priceless.

Discussion

4 Comments

Rox / November 15, 2005 at 01:42 am
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«c'est définitivement le mode "party dont vous êtes le héros"»... ça c'est priceless.
J Mac / November 15, 2005 at 06:00 pm
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Nice post! So accurate. My favourite Beaubien joint is some other south american spot with a single do-it-yourself bowling lane on one side and free peanuts doused with lime juice and salt when you order beer. Le-connais-tu?

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