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Film

9 x RIDM = :-)

Posted by FX / November 9, 2006

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Il y a toujours des exceptions mais, généralement, les documentaristes sont des gens plutôt discrets. Déformation professionnelle probablement héritée du cinéma-vérité et de ses dérivées, ce trait de caractère les porte souvent à s'effacer au profit des sujets et de la réalité qui nous est présentée. Certes, les dernières années ont été fertiles en oeuvres qui mettent en scène des maîtres de cérémonie volubiles et camera savvy (Moore, Spurlock) mais le succès commercial de celles-ci n'est pas nécessairement représentatif de ce qui se passe sur le terrain. Or, à l'aube de l'ouverture des 9es Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) de nombreuses voix se font entendre afin de réitérer l'importance et la vitalité de ce genre systématiquement négligé mais pourtant tout aussi nutritif que divertissant. À voir la programmation et les nouveautés qui sont implantées cette année, il est clair que vous voudrez y participer.

Manon Barbeau publiait la fin de semaine dernière une lettre qui met en lumière la précarité de la production documentaire indépendante, ici comme ailleurs. Cette situation est d'autant plus navrante que le savoir-faire et l'impact des documentaristes n'a eu de cesse de se bonifier au fil des années. Malheureusement, l'explosion des chaînes de télévision spécialisées qui, de prime abord, aurait pu permettre d'envisager une augmentation de la demande pour le documentaire d'auteur s'est plutôt, insidieusement, traduite par la montée des succédanés de réalités que sont le docudrame et les reality shows. Au coeur de ce marasme apparent, Montréal émerge tranquillement comme une zone franche où le dialogue et l'échange a le potentiel de se traduire par des progrès réels et tangibles pour les artisans et le public du cinéma du réel.

Les Rencontres sont le noyau de ce dynamisme qui s'explique par une approche pluraliste et une relation privilégiée avec l'ensemble des intervenants du milieu. En bâtissant un réseau aux ramifications profondes, notamment via la création de l'Observatoire du documentaire, les Rencontres se sont dotées d'une structure qui opère bien au-delà des quelques journées automnales qui servent de vitrine aux oeuvres présentées. Toutefois, c'est précisément cette programmation riche et touffue qui a permis à l'organisation, au fil des années, de se gagner un public toujours grandissant. La présente édition s'inscrit dans cette tradition de qualité mais comporte aussi sa part de changements qui ne peuvent qu'avoir une influence bénéfique sur l'ensemble. Sous la houlette de son nouveau président, le cinéaste Philippe Baylaucq, les Rencontres deviennent officiellement compétitives, un élément qui ne peut qu'aider à consolider l'événement sur les marchés des festivals internationaux. L'arrivée de Baylaucq, qui dans sa propre pratique est attentif à faire dialoguer harmonieusement la forme et le contenu, permet aussi d'espérer qu'une place plus généreuse soit faite aux oeuvres qui prennent soit d'offrir une véritable proposition esthétique au spectateur. Par ailleurs, la programmation qui était par le passé le fruit de différentes individualités reste basée sur un comité de sélection diversifié mais se trouve filtrée par la présence d'un véritable programmateur « en chef » en la personne d'André Pâquet, éminence grise dont la sensibilité et la culture cinématographique font l'envie des gens avertis.

Qu'en est-il au juste de cette programmation? Un bref survol du site Internet des Rencontres vous permettra d'identifier les thématiques et les approches qui vous intéressent plus spécifiquement. Le menu est varié et copieux. En projection de presse, les extraits proposés donnaient l'eau à la bouche. Ceux-ci annonçaient des films tout particulièrement prometteurs, dont ALIMENTATION GÉNÉRALE, de Chantal Briet (chronique humaniste de l'univers d'un petit épicier d'une banlieue parisienne), UN FLEUVE HUMAIN de Sylvain L'Espérance (portrait zen du fleuve Niger), OUR DAILY BREAD de Nikolaus Geyrhalter (regard terrifiant sur une industrie alimentaire mécanisée), FOREVER d'Heddy Honigmann (incursion discrète dans les allées du cimetière du Père Lachaise), THE SHUTKA BOOK OF RECORDS d'A. Manic (tournée vaguement psychotronique de la capitale tzigane des Balkans), COSA NOSTRA de Marco Turco (récit macabre de l'offensive avortée de la justice italienne contre la Mafia sicilienne dans les années 90) et PAUL DANS SA VIE de Rémi Mauger (rencontre privilégiée avec un vieux paysan normand). Pour le reste, les Rencontres nous proposent encore une fois une série d'activités connexes qui sont la véritable marque de commerce de cette agora cinématographique unique: projections-débats et tables rondes, sans oublier le traditionnel forum public (cette année sous le thème "Le documentaire et la télévision: Mettre du cœur dans un mariage de raison") en plus du retour fort attendu du DOC Circuit Mtl, le marché professionnel des Rencontres.

Le tout commence aujourd'hui. Allez, courrez.


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