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Film

Post mortem des nominations aux Jutra

Posted by Harold / March 11, 2008

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10 ans après la création du gala des prix Jutra et deux jours après la cérémonie annuelle, une remise en question de l'organisation de l'événement est de guise. Pas que je mette en doute la pertinence d'une telle pratique, loin de moi cette idée, mais bien parce qu'au fil des années, des anomalies subsistent.

Puisqu'il est calqué sur celui des Oscars, le système de vote des Jutra devrait s'avérer concluant. De prime abord, il est important que bien comprendre le principe. Il existe 11 associations professionnelles, chacune aillant le devoir de sélectionner les nominées de leur catégorie. Par exemple, tous les professionnels du syndicat des réalisateurs, ayant travaillés sur une période récente prédéterminée, sont appelés à choisir quels réalisateurs seront sélectionné. Idem pour les comédiens, les monteurs, les maquilleurs, etc. Des 7000 bulletins envoyés aux différents artisans, 1500 revient rempli.

Or, en observant les nominations devant les prix remis, on remarque très facilement certaines failles. Prenons comme exemple Bon Cop, Bad Cop qui avait été nominé 12 fois l'année dernière. Au terme de la cérémonie, le film d'Éric Canuel n'avait obtenu que le Jutra du meilleur montage. C'est Congorama, pourtant beaucoup moins nominé, qui avait raflé la majorité des prix les plus convoités. Au grand désespoir de Patrick Huard, le scénario s'est répété une fois de plus cette année avec Les 3 p'tits Cochons et Continental, un film sans fusil.

C'est donc dire que, pour les deux dernières éditions des Jutra, les films ayant créé le plus d'engouement auprès des différentes associations professionnelles sont ceux qui ont été le moins récompensés. Je n'affirme absolument pas qu'ils auraient dû être plus encensés, les gagnants ont été, selon, très bien déterminés. Par contre, je questionne grandement la pertinence de la présélection des gagnants, qui ne reflète pas vraiment le mérite des oeuvres et leur aptitude à être honorée.

Aussi, quelqu'un pourrait-il m'expliquer comment L'âge des ténèbres, de Denys Arcand, peut représenter son Pays aux Oscars et ne rien gagner dans sa province? Pourquoi n'était-ce pas Stéphane Lafleur qui envoyait son film à l'Académie? Est-ce que la notoriété internationale d'Arcand entre en ligne de compte?

Et comment le film François Girard, Silk, tourné entièrement à l'étranger et en anglais ou la prestation de Roy Dupuis dans le film anglophone de l'Ontarien Roger Spottiswoode, Shake Hand With the Devil, sont soulignés alors qu'ils ne portent pas du tout le statut de "film québécois" et ce, au détriment de nominations de films tournés ici en français. Hum.

Qu'on se le dise, les Jutra sont essentiels à la prospérité de notre cinéma. Mais la sélection des nominées est ridicule et inappropriée. Elle biaise la pertinence de l'événement et ne représente pas la réalité de manière juste et équitable. Des correctifs doivent, je crois, être apportés pour pouvoir mieux jouir de la célébration de notre cinéma.

Photo: Michel Brault et Claude Jutra, deux monuments du cinéma québécois.

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